La Cour des comptes somme l'État de quitter Microsoft d'ici 2031
Dans un rapport publié le 22 octobre, la Cour des comptes tire la sonnette d'alarme : 860 000 postes de travail des ministères dépendent encore de Microsoft, pour une facture qui a bondi de 50 % en quatre ans. Elle réclame un plan de migration vers l'open source à engager dès 2027.

Vingt ans après les premières circulaires invitant les administrations à privilégier le logiciel libre, le constat reste le même. La Cour des comptes, dans un rapport consacré aux « outils bureautiques et collaboratifs au sein de l'État » publié le 22 octobre 2026, constate que Microsoft équipe encore la quasi-totalité des postes de l'administration centrale. Sur 860 000 postes couverts par l'étude, l'éditeur américain représente 80 % des achats de licences, pour une facture globale (licences, prestations, personnel) estimée à 100 millions d'euros en 2025. Un budget qui a progressé de 50 % entre 2021 et 2025.
Une dépendance à géométrie variable selon les ministères
Le tableau n'est pas uniforme. Au ministère de l'Intérieur, hors Gendarmerie, à peine 10 % des postes disposent d'une licence Office, contre la quasi-totalité de l'administration centrale. La Police nationale affiche 0,2 % de couverture Office. Mais cette diversité masque une réalité plus complexe : les outils collaboratifs, messageries et partage de documents, reposent sur une trentaine de solutions recensées par la Cour, dont plusieurs à base de Microsoft 365. Les ministères sociaux, la Culture et la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) ont obtenu des dérogations pour utiliser ce service cloud, avec l'obligation de migrer vers un hébergement souverain dès qu'une offre serait disponible.
L'option Bleu, la future offre cloud d'Orange et Capgemini permettant d'héberger les services Microsoft dans un environnement visant la qualification SecNumCloud, est évoquée par plusieurs ministères. La Cour l'estime compatible avec les exigences d'hébergement et de protection contre le CLOUD Act américain. Mais elle souligne que cette voie ne résout pas la dépendance technologique et commerciale à l'éditeur : changer de datacenter ne change pas l'éditeur du logiciel. Pour le contexte sur la souveraineté cloud en France, voir notre analyse sur l'état des lieux du cloud européen.
Vers l'open source, mais avec des conditions
La recommandation centrale du rapport est claire : engager dès 2027 un plan de migration de trois à quatre ans vers des suites bureautiques libres, hébergées sur le cloud interne de l'État ou sur une infrastructure qualifiée SecNumCloud. À l'horizon 2031, tous les postes des ministères devraient avoir basculé. L'économie théorique est substantielle : la Cour estime l'écart à 150 euros par poste par an entre une offre libre hébergée sur cloud qualifié (100 euros) et Microsoft 365 sans hébergement qualifié (250 euros), soit 130 millions d'euros d'économies annuelles potentielles à l'échelle du parc. Elle prend toutefois soin de préciser que ce montant n'est pas une économie sur la facture actuelle mais une comparaison entre deux scénarios futurs, et que les coûts de migration n'ont pas encore été chiffrés.
L'obstacle technique est réel. La Suite de la Dinum, l'outil collaboratif développé en interne, est jugée incomplète. Son module de traitement de texte Docs offre des capacités de mise en page limitées. Grist, son tableur, ne couvre pas les mêmes usages qu'Excel ou LibreOffice Calc. La messagerie n'est pas encore en mesure de gérer les volumes et les intégrations d'annuaires des grands ministères. La Cour demande une feuille de route précise de La Suite jusqu'en 2030, co-construite avec les ministères, et un recours accru aux entreprises françaises spécialisées dans les logiciels libres.
Le calendrier est contraint par les contrats en cours, qui arrivent à échéance à des dates variables selon les ministères. 2027 est la fenêtre la plus réaliste pour démarrer les appels d'offres, selon la juridiction. L'échéance 2031 n'est pas une promesse : c'est une recommandation d'une institution de contrôle, sans force contraignante directe sur le gouvernement.
Questions fréquentes
Pourquoi la Cour des comptes s'intéresse-t-elle aux logiciels bureautiques ?
La Cour contrôle l'utilisation des deniers publics. La dépendance à Microsoft représente une facture de 100 millions d'euros annuels en hausse de 50 % et un risque de dépendance stratégique vis-à-vis d'un éditeur soumis au droit américain (CLOUD Act).
La Suite de la Dinum peut-elle remplacer Microsoft 365 aujourd'hui ?
Non, selon le rapport. La Suite manque encore de fonctionnalités de mise en page avancées, de messagerie d'entreprise scalable et d'un tableur complet. La Cour demande une feuille de route précise jusqu'en 2030.
Le gouvernement est-il obligé de suivre ces recommandations ?
Non. Les recommandations de la Cour des comptes n'ont pas force de loi. Elles engagent politiquement mais le gouvernement peut y répondre par des observations. L'histoire des précédentes circulaires open source invite à la prudence sur leur application effective.



