Les fondateurs

Marie Ekeland

La première femme en Europe à lever un fonds de capital-risque de 170 millions d'euros a quitté ce fonds avant la fin du cycle. Elle avait d'autres structures à construire.

Portrait de Marie Ekeland, co-fondatrice de Daphni, à TechCrunch Disrupt Berlin 2017

Photo : TechCrunch, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

La première femme à lever un fonds de capital-risque de 170 millions d'euros en Europe est partie avant la fin du cycle. Elle avait d'autres structures à construire. Cette phrase résume Marie Ekeland mieux qu'une biographie chronologique : son parcours n'est pas celui d'une investisseuse qui monte en puissance vers un fonds toujours plus grand, mais celui d'une fondatrice qui reconstruit à chaque fois le cadre lui-même, parce que le cadre existant lui semble insuffisant.

Elaia, Criteo et l'apprentissage de la confiance

Après des études de mathématiques et d'informatique à l'université Paris-Dauphine et un master en économie à l'École des hautes études en sciences sociales, Marie Ekeland commence sa carrière comme ingénieure pour JPMorgan Chase à New York en 1997, avant de revenir en France. En 2000, elle intègre l'activité capital-risque de Crédit Agricole Private Equity, puis rejoint Elaia Partners en 2005, fonds spécialisé dans l'économie numérique fondé par Xavier Lazarus. C'est là qu'elle investit dans Criteo, startup française d'ad-tech qui entre au Nasdaq en octobre 2013 en levant 300 millions de dollars. L'IPO est un signal fort pour l'écosystème : une société fondée à Paris peut atteindre les marchés américains. Jean-Baptiste Rudelle, cofondateur de Criteo, fait partie des entrepreneurs que ces années d'investissement lui permettent de côtoyer dans une période charnière pour la French Tech.

Daphni : réinventer la forme du fonds

En mars 2015, elle quitte Elaia pour co-fonder Daphni avec Pierre-Eric Leibovici, Pierre-Yves Meerschman, Willy Braun et Mathieu Daix. La structure se distingue sur deux points par rapport aux fonds classiques. D'abord, une communauté d'une centaine de professionnels, dirigeants et experts sectoriels, participe activement aux décisions d'investissement et à l'accompagnement des participations. Ensuite, une plateforme numérique outille ce réseau. Le premier fonds atteint 170 millions d'euros, ce qui fait d'Ekeland la première femme en Europe à lever un fonds de capital-risque de cette taille. Les investissements de ce premier véhicule comprennent Swile, néobanque dédiée aux avantages salariaux, Shine, services financiers pour les indépendants, et Pasqal, pionnier de l'informatique quantique en France. Le fonds affiche un rendement qualifié de top-decile. Elle quitte Daphni en 2019, non par échec mais parce qu'une autre question l'occupe désormais.

France Digitale et le Conseil national du numérique

Trois ans avant Daphni, elle avait co-fondé en 2012 France Digitale avec Marc Menasé. Cette association, dont Frédéric Mazzella de BlaBlaCar a assuré la coprésidence, réunit fondateurs et investisseurs pour influencer les décisions publiques sur la fiscalité, le droit du travail et le financement de l'innovation. Elle est devenue l'un des interlocuteurs reconnus du monde politique, publiant chaque année avec EY un baromètre qui fait référence sur l'état de l'écosystème. En 2017, Ekeland devient la première femme présidente du Conseil national du numérique, instance consultative créée par décret présidentiel pour conseiller le gouvernement sur les enjeux du numérique. Elle y défend notamment l'accès des femmes aux carrières scientifiques et l'accélération de la transformation numérique des services publics.

2050 : le pari du temps long

En novembre 2020, elle lance 2050, un fonds à la structure délibérément inhabituelle : sans actionnaires, construit sur un modèle de dotation, prévu pour fonctionner sur cinquante ans. La cible est la transformation écologique de l'économie, dans les secteurs de l'énergie, de l'agriculture et des matériaux. La thèse de départ est simple et radicale : les solutions aux grandes transitions ne se construisent pas en dix ans, mais les véhicules d'investissement classiques sont contractuellement obligés d'en sortir à ce terme. En éliminant cette contrainte, 2050 peut accompagner des entreprises sur des cycles que les fonds traditionnels ne peuvent pas assumer. C'est moins une déclaration d'altruisme qu'un diagnostic d'inefficience du marché : si personne d'autre ne finance sur ce temps long, c'est que personne n'a construit l'outil pour le faire.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le fonds Daphni et en quoi se distingue-t-il ?

Daphni est un fonds de capital-risque européen fondé en 2015, spécialisé dans les startups du numérique. Il se distingue par son modèle communautaire : une centaine de professionnels, dirigeants et experts sectoriels, participent activement aux décisions d'investissement et à l'accompagnement des entreprises en portefeuille. Parmi ses investissements notables : Back Market, Swile et Pasqal.

Pourquoi Marie Ekeland a-t-elle créé le fonds 2050 ?

2050 est un fonds à structure de dotation, sans actionnaires et sans date de liquidation forcée, conçu pour financer la transformation écologique de l'économie sur un horizon de cinquante ans. Marie Ekeland l'a créé en partant d'un constat : les solutions aux grandes transitions climatiques et écologiques nécessitent des capitaux patientés sur des décennies, que les fonds de capital-risque classiques, tenus de retourner leur mise en dix ans, ne peuvent pas fournir.

Quel lien entre Marie Ekeland et France Digitale ?

Marie Ekeland a co-fondé France Digitale en 2012 avec Marc Menasé. Cette association fédère fondateurs de startups et investisseurs pour influer sur les politiques publiques liées à l'économie numérique : fiscalité, financement, droit du travail. Elle publie chaque année, avec EY, un baromètre de référence sur l'écosystème français des startups.

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