Les fondateurs

Jacques-Antoine Granjon

En janvier 2001, en plein effondrement de la bulle internet, il a transposé seize ans de déstockage physique en un modèle de flash sales qui a redéfini le commerce en ligne européen.

Portrait de Jacques-Antoine Granjon, cofondateur de Vente-Privée.com (Veepee), lors de LeWeb 2011 à Paris.

Photo : Kmeron pour LeWeb, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Janvier 2001. La bulle des dot-com vient de crever : entre mars et décembre 2000, le Nasdaq a perdu 45 % de sa valeur, des centaines de startups ferment et les investisseurs fuient internet comme une erreur de jeunesse. C'est précisément ce moment que choisit Jacques-Antoine Granjon pour lancer vente-privee.com. Le paradoxe n'est qu'apparent : son modèle n'est pas né du web, il l'a seulement emprunté.

Seize ans à vider des entrepôts

Granjon est marseillais, fils et petit-fils d'entrepreneur, neveu de Pierre Bellon, le fondateur de Sodexo. En 1985, tout juste sorti de l'European Business School Paris avec un ami de promotion, Julien Sorbac, il crée Cofotex S.A. : une société de vente en gros de fins de séries textiles. Pendant seize ans, il apprend le déstockage de l'intérieur : les marques ont des stocks résiduels qu'elles ne veulent pas brader en boutique, et des acheteurs professionnels prêts à les absorber à prix cassé. Il rachète en 1996 les anciennes imprimeries du quotidien Le Monde, à La Plaine-Saint-Denis, pour y installer son siège : un symbole involontaire, un vieux monde de l'imprimé reconverti pour les flux d'une économie de marchandises.

Le pari de janvier 2001

Début 2000, avec ses associés, Granjon conçoit l'idée de transposer le déstockage sur internet : des ventes événementielles, ouvertes à des membres inscrits, limitées à quelques jours, sur des lots de marques. Le principe résout le problème des marques (écouler discrètement les stocks sans abîmer l'image) et crée une tension d'achat chez le consommateur (offre limitée, délai compté). Le site est lancé en janvier 2001 avec sept associés. Les trois premières années sont une longue phase d'investissement. Le déclic arrive en 2004 : une vente privée pour une grande marque de lingerie française est un succès inattendu. La preuve par le chiffre est faite. En 2007, le fonds américain Summit Partners acquiert 20 % du capital, validation internationale du modèle.

La trinité qui a financé une génération

À partir de 2011, Granjon devient une figure centrale de l'écosystème tech français, moins comme investisseur individuel que comme membre informel d'un trio avec Xavier Niel et Marc Simoncini. Ensemble, ils cofondent l'EEMI, école de formation aux métiers du web, investissent 3 millions d'euros chacun dans Devialet en novembre 2012, et organisent en décembre 2013 le concours #101projets au Théâtre de Paris, dont Granjon vient d'acquérir la majorité du capital. Cent et un projets de jeunes de moins de 25 ans reçoivent 25 000 euros chacun, soit une enveloppe de 2,5 millions d'euros. Parmi les lauréats : la startup Ornikar. Cette génération d'entrepreneurs, en marge des grandes écoles d'investissement, choisit de recycler ses dividendes en capital-amorçage. Dans un écosystème French Tech qui reste structurellement dépendant du financement public, ce rôle de business angel organisé tranche.

Veepee, vingt-cinq ans et une question ouverte

En janvier 2019, vente-privee.com change de nom et fédère ses marques européennes sous l'enseigne Veepee. Le groupe emploie alors jusqu'à 5 000 personnes dans plusieurs pays, avant de se stabiliser autour de 4 000. Les controverses ne manquent pas : en 2016, Les Jours révèle qu'il détient via le Luxembourg une holding nommée Orefa, avec 300 millions d'euros d'actifs, et des filiales irlandaises bénéficiant d'exonérations fiscales sur la propriété intellectuelle. Granjon assume la structure d'investissement à l'étranger tout en affirmant payer ses impôts sur l'intégralité des bénéfices français. En 2022, l'affaire revient sous la forme d'une enquête fiscale. L'homme qui se voulait patron de la consommation responsable navigue dans les mêmes eaux que la plupart des milliardaires européens. En 2024, Veepee affiche 3,2 milliards d'euros TTC de chiffre d'affaires et une présence dans cinq pays. Pionnier du e-commerce français à une époque où le mot faisait sourire, il a fondé son empire sur un métier vieux de quarante ans : savoir que les invendus d'une marque sont le trésor de quelqu'un d'autre.

Questions fréquentes

Qui est Jacques-Antoine Granjon ?

Jacques-Antoine Granjon est un entrepreneur français né le 9 août 1962 à Marseille. Il est le cofondateur et PDG de Vente-Privée.com, lancé en 2001 et rebaptisé Veepee en 2019. Il a auparavant fondé Cofotex S.A. en 1985, une société de déstockage textile en gros. Sa fortune est estimée à environ 1,3 milliard d'euros selon Challenges (2023).

Qu'est-ce que le modèle de vente événementielle de Veepee ?

Veepee (anciennement Vente-Privée.com) propose des ventes privées à durée limitée (3 à 5 jours) réservées à ses membres, sur des fins de séries et invendus de marques. Le modèle permet aux marques d'écouler leurs stocks discrètement sans dégrader leur image en boutique, tout en créant une tension d'achat chez les consommateurs grâce à la rareté et l'urgence.

Quel rôle Jacques-Antoine Granjon a-t-il joué dans l'écosystème French Tech ?

Avec Xavier Niel et Marc Simoncini, Granjon forme une trinité informelle d'entrepreneurs devenus business angels. Ensemble, ils ont cofondé l'EEMI (école des métiers du web) en 2011, cofinancé Devialet en 2012, et organisé le concours #101projets en 2013, dotant 101 projets de jeunes entrepreneurs de 25 000 euros chacun.

Jacques-Antoine GranjonVente-PrivéeVeepeeE-commerceFlash SalesFrench Tech
← Tous les fondateurs