Henri Seydoux
Parti d'un agenda à reconnaissance vocale en 1994, il a réinventé Parrot trois fois en trente ans : de l'électronique grand public aux kits Bluetooth, puis aux drones qui équipent aujourd'hui les armées occidentales.

Photo : TechCrunch, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Octobre 2026 : l'armée américaine passe ses premières commandes auprès de Parrot via sa plateforme d'achat UAS Marketplace. L'entreprise parisienne, fondée en 1994 pour commercialiser un agenda électronique à reconnaissance vocale, livre désormais des micro-drones de renseignement à des forces armées sur trois continents. Ce trajet en trois décennies dit quelque chose d'essentiel sur Henri Seydoux : sa longévité tient moins à une vision immuable qu'à une capacité répétée à changer de terrain sans perdre le fil.
L'agenda qui ne marche pas
Au départ, il y a un rêve d'ingénieur. Henri Seydoux est, selon ses propres mots, « avant tout un développeur de logiciel ». En 1994, il cofonde Parrot avec Jean-Pierre Talvard pour commercialiser un organiseur personnel utilisant la reconnaissance vocale, principalement adopté par des personnes malvoyantes. Le produit est précurseur, le marché trop étroit. Seydoux reconnaîtra volontiers que cette première vie de Parrot a été « une galère » : apprendre à fabriquer de l'électronique grand public est une école douloureuse, mais il n'abandonne pas la société.
Le Bluetooth comme bouée de sauvetage
Au tournant des années 2000, Parrot croise la route d'Ericsson, alors numéro un mondial de la téléphonie. L'entreprise devient l'un des premiers fabricants de kits mains libres Bluetooth pour automobiles, surfant sur l'adoption massive du téléphone mobile et les lois européennes imposant le kit mains libres au volant. Cette deuxième vie installe Parrot comme fournisseur discret mais profitable de l'industrie automobile. La division sera finalement cédée à Faurecia en 2017, mais elle a financé l'essentiel de la recherche sur les années suivantes. L'histoire de la souveraineté technologique française comporte peu de cas aussi discrets que ce pivot de l'ère Bluetooth.
Le CES 2010 et l'accident médiatique
En janvier 2010 à Las Vegas, Seydoux présente l'AR.Drone : un quadricoptère piloté par iPhone, doté de deux caméras et capable de diffuser la vidéo en direct sur l'écran du téléphone. Le produit devient viral avant même que le mot existe dans son sens actuel. La presse technologique mondiale s'emballe, des milliers de vidéos circulent, et Parrot se retrouve propulsée au rang de symbole de la convergence entre mobilité et robotique. Ce n'était pas calculé comme une stratégie de rupture ; c'était la curiosité d'un ingénieur qui voulait voir si un téléphone pouvait piloter quelque chose dans les airs. Le résultat est que l'entreprise change de dimension. Dans l'écosystème français des startups, Parrot reste l'une des rares sociétés à avoir créé un marché mondial de zéro.
La chute du marché grand public et le troisième pivot
À partir de 2014-2015, DJI s'impose comme le fabricant dominant du marché des drones grand public, avec des appareils moins chers et plus performants fabriqués en Chine. Parrot perd des parts de marché sur ses gammes loisirs. La restructuration de 2017 est radicale : la division automobile part chez Faurecia, les effectifs sont réduits, et l'entreprise concentre toutes ses ressources sur les micro-drones professionnels. Parrot mise sur un argument que DJI ne peut pas utiliser : ses appareils sont conçus et fabriqués hors de Chine, et leurs données ne transitent par aucun serveur soumis à la législation chinoise. Cet argument de souveraineté, longtemps perçu comme défensif, devient un atout commercial de premier ordre auprès des gouvernements occidentaux préoccupés par la sécurité de leurs opérations. Comme Octave Klaba avec OVHcloud, Seydoux transforme la contrainte géopolitique en proposition de valeur.
Trente ans à la même adresse
Henri Seydoux dirige toujours Parrot. Fils de Jérôme Seydoux, patron de Pathé, et père de l'actrice Léa Seydoux, il appartient à une famille dont les repères sont le cinéma et la culture ; lui a choisi de passer trente ans à tenter de faire voler des machines. En 2026, l'ANAFI USA est homologué par le département américain de la Sécurité intérieure et la première commande de l'US Army est enregistrée en octobre. La prochaine épreuve sera de savoir si Parrot peut transformer cet accès aux marchés de défense en croissance durable, face à des concurrents américains, israéliens et désormais ukrainiens qui jouent sur le même terrain.
Entreprises et projets clés
- Parrot — Cofondateur et PDG (1994)
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'AR.Drone de Parrot ?
Lancé au CES de Las Vegas en janvier 2010, l'AR.Drone est le premier drone grand public piloté par smartphone (iPhone). Il est équipé de deux caméras et diffuse la vidéo en temps réel. Son succès médiatique mondial a transformé Parrot d'un fabricant de kits Bluetooth en pionnier des drones civils.
Pourquoi Parrot a-t-il abandonné les drones grand public ?
À partir de 2015, le fabricant chinois DJI a dominé le marché des drones loisirs avec des appareils moins chers. Parrot a restructuré en 2017, cédé sa division automobile à Faurecia et s'est concentré sur les micro-drones professionnels et militaires, en misant sur l'argument de souveraineté : ses produits ne dépendent d'aucun serveur soumis à la législation chinoise.
Qui est Henri Seydoux dans la famille Seydoux ?
Henri Seydoux est le fils de Jérôme Seydoux, PDG de Pathé, et le père de l'actrice Léa Seydoux. Il est le neveu de Nicolas et Michel Seydoux. Sa grand-mère paternelle était Geneviève Schlumberger, fille du fondateur de la société Schlumberger.
