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Sesterce mise 10 milliards sur la Finlande pour bâtir le plus grand campus IA d'Europe

La startup française Sesterce a annoncé le 8 octobre un investissement de plus de 10 milliards d'euros pour construire un méga-campus de supercalculateurs dédié à l'IA à Jämsä, en Finlande, sur le site d'une ancienne papeterie fermée en 2021. Première phase de 200 MW en 2027, objectif final de 1 GW. L'annonce confirme l'attractivité croissante de la Finlande comme hub européen pour l'infrastructure IA.

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Une ancienne papeterie finlandaise va devenir l'un des plus grands campus d'intelligence artificielle d'Europe. C'est ce qu'a annoncé jeudi 8 octobre la startup française Sesterce, qui prévoit d'investir plus de 10 milliards d'euros à Jämsä, une ville de la Finlande centrale. Le site : l'usine Kaipola, fermée en 2021 après plus de 70 ans d'activité papetière, dont le foncier industriel et l'alimentation électrique existante constituent un socle idéal pour reconvertir l'outil de production vers le calcul haute performance.

Qui est Sesterce ?

Sesterce est une société française fondée par Anthony Tchakerian, cofondateur et directeur général, et Youssef El Manssouri, CEO. L'entreprise s'est positionnée sur le créneau de l'infrastructure IA souveraine : construction et opération de supercalculateurs et de centres de données dédiés à l'entraînement de modèles d'intelligence artificielle. Sa stratégie est ambitieuse : un plan global annoncé en 2025 prévoyait 52 milliards d'euros d'investissements en Europe d'ici 2030, visant à créer une capacité de calcul à la hauteur des ambitions du continent en matière d'IA. Le projet finlandais en constitue la première grande étape concrète.

L'entreprise dispose déjà d'un campus IA en Drôme, en France. L'annonce finlandaise marque un changement d'échelle : avec 10 milliards d'euros, Sesterce entre dans la cour des grands projets d'infrastructure mondiale, aux côtés de Microsoft, Google ou Amazon Web Services.

200 MW en 2027, 1 GW à terme

Le campus de Jämsä sera développé en deux phases. La première, attendue pour 2027, portera sur 200 MW de capacité de calcul installée. La seconde phase, dont l'horizon n'a pas encore été précisé, doit permettre d'atteindre 600 MW sur le même site. L'objectif déclaré de Sesterce est de déployer à terme plus de 1 GW de puissance de calcul en Finlande, "en fonction de la demande réelle du marché", selon le communiqué de l'entreprise. Sesterce indique avoir déjà sécurisé un "client de référence", dont l'identité n'a pas été révélée. Il est probable qu'un laboratoire de recherche en IA ou un acteur industriel européen soit en train de réserver une part significative de la future capacité.

Pour donner une mesure : les data centers standard d'hyperscalers comme AWS ou Azure se situent entre 50 et 150 MW par site. Un campus de 600 MW représente donc quatre à douze fois la capacité d'un centre classique. Rapporté à l'échelle européenne, un tel projet constituerait l'une des plus grandes infrastructures de calcul IA du continent.

Pourquoi la Finlande ?

La Finlande n'est pas un choix neutre. Le pays nordique cumule plusieurs avantages structurels qui en font, depuis quelques années, l'une des destinations les plus attractives d'Europe pour les data centers. Son climat frais réduit considérablement les coûts de refroidissement, qui représentent une fraction majeure de la consommation énergétique d'un centre de calcul. Son électricité est relativement bon marché et produite sans recours aux combustibles fossiles : nucléaire, hydroélectricité et éolien constituent l'essentiel du mix. Sa stabilité politique et juridique, enfin, limite les risques réglementaires à long terme.

Ces atouts ne sont pas passés inaperçus. En septembre dernier, Google a annoncé un investissement de 13 milliards d'euros en Finlande pour alimenter ses modèles d'IA, répartis sur plusieurs municipalités du centre et du sud du pays. Mais le projet a aussitôt rencontré des résistances : mardi, une autorité finlandaise a ordonné l'arrêt des travaux sur deux sites, après avoir constaté que les évaluations d'impact environnemental obligatoires n'avaient pas été menées à terme. Un signal d'alerte que Sesterce devra intégrer dans son calendrier de développement.

Un pari sur la souveraineté européenne du calcul

L'annonce de Sesterce arrive dans un contexte où la question de la souveraineté de l'infrastructure IA devient stratégique pour l'Europe. Les grandes capacités de calcul sont aujourd'hui concentrées aux États-Unis et, de plus en plus, en Asie. L'AI Act européen, entré en application pour les modèles à usage général en août 2026, impose des contraintes de traçabilité et de gouvernance qui plaident pour des infrastructures physiquement localisées dans l'Union européenne.

Les acteurs français de l'IA, de Mistral AI aux laboratoires académiques, ont besoin de puissance de calcul. Les 200 MW de la première phase de Jämsä, même partiellement réservés par ce "client de référence" mystérieux, constitueraient une ressource significative pour l'écosystème européen. La question est de savoir si Sesterce, startup encore peu connue du grand public, a les reins suffisamment solides pour mener à bien un projet d'une telle envergure. Les 10 milliards annoncés ne sont pas un budget levé en capital-risque : ils s'étaleront sur plusieurs années et reposeront probablement sur une combinaison de dettes de projet, de préfinancements clients et d'aides publiques européennes.

Ce qui est certain, c'est que la course aux data centers IA se joue désormais à une échelle que l'Europe ne peut plus ignorer. Et qu'une papeterie fermée en pleine Finlande centrale pourrait bien devenir, d'ici 2027, l'un des sites les plus stratégiques du continent pour l'intelligence artificielle.

Questions fréquentes

Qui est Sesterce ?

Sesterce est une startup française fondée par Anthony Tchakerian et Youssef El Manssouri. Elle développe des supercalculateurs et des centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. Son plan global prévoit 52 milliards d'euros d'investissements en Europe d'ici 2030.

Pourquoi la Finlande est-elle attractive pour les data centers IA ?

La Finlande combine plusieurs atouts : un climat frais qui réduit les coûts de refroidissement, une électricité bon marché produite sans combustibles fossiles (nucléaire, hydroélectricité, éolien), et une stabilité politique et réglementaire. Ce sont les mêmes raisons qui ont conduit Google à y annoncer 13 milliards d'euros en septembre.

Quelle est la capacité prévue du campus de Jämsä ?

Le campus sera développé en deux phases. Phase 1 : 200 MW, mise en service en 2027. Phase 2 : 600 MW. L'objectif à terme est d'atteindre 1 GW de capacité de calcul en Finlande, selon la demande du marché.

Marc Oliveau

Rédacteur en chef, tech et IA

Marc Oliveau suit l'écosystème startup et l'intelligence artificielle pour Hashtech. Il signe des analyses attentives aux modèles économiques et aux usages réels, loin des effets d'annonce et des chiffres gonflés.

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