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Qualcomm : les labos d'IA veulent des smartphones à 100 milliards de paramètres d'ici 2028

Au Snapdragon Summit, le PDG de Qualcomm Cristiano Amon a révélé que des entreprises d'IA exigent désormais des téléphones capables de faire tourner en continu un modèle de 100 milliards de paramètres d'ici 2028. La puce la plus puissante du marché plafonne aujourd'hui à 30 milliards. Et certains labos commencent à fabriquer leurs propres appareils.

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Il y a une phrase que Cristiano Amon a prononcée au Snapdragon Summit de Hawaï, retranscrite dans le podcast Sources le 8 octobre 2026, qui mérite d'être lue deux fois. Des entreprises d'intelligence artificielle demandent à Qualcomm de concevoir des téléphones capables de faire tourner "au moins un modèle à 100 milliards de paramètres" de façon continue, "d'une certaine manière tout le temps". Délai cible : 2028. Or le Snapdragon 8 Elite Gen 6, la puce la plus puissante que Qualcomm vient de présenter, celle qui équipe le Samsung Galaxy S27 et le OnePlus 16, plafonne à 30 milliards de paramètres. L'écart est d'un facteur trois. Et le délai est de moins de deux ans.

La déclaration ne vient pas d'un analyste ou d'un investisseur. Elle vient du patron du fournisseur de puces qui équipe l'écrasante majorité des smartphones Android haut de gamme dans le monde. Amon ne s'exprime pas en mode prospectif ; il décrit des commandes réelles, émanant de clients dont il refuse de révéler les noms mais que Fortune a partiellement identifiés : presque tous les grands acteurs de l'IA travaillent avec Qualcomm sur des projets hardware non divulgués, certains allant au-delà du téléphone.

Pourquoi les labos d'IA veulent leurs propres téléphones

La logique est simple à comprendre une fois posée. Les agents IA, pour fonctionner de façon véritablement autonome sur un appareil mobile, ont besoin d'accéder en permanence au contexte personnel de l'utilisateur : ses applications, son agenda, ses messages, ses habitudes. Cette inférence constante, en local, sans latence réseau, sans friction de consentement à chaque requête envoyée dans le cloud, nécessite une puissance de calcul qui n'existe pas encore dans les téléphones actuels. Les labos qui construisent des agents IA capables d'agir en autonomie butent sur cette contrainte matérielle.

D'où l'idée de contourner le marché existant en fabricant directement l'appareil adapté. OpenAI est cité parmi les acteurs qui travaillent sur des projets hardware avec Qualcomm, sans confirmation officielle des détails. D'autres noms circulent. La dynamique rappelle celle qui a conduit Apple à concevoir ses propres puces, ou Meta à développer des accélérateurs IA en interne : quand les composants disponibles ne permettent pas d'atteindre la performance souhaitée, les acteurs disposant des ressources suffisantes décident de les fabriquer eux-mêmes.

Amon compare la situation actuelle à la période qui a précédé l'essor de l'App Store. "Le smartphone a été défini par les applications tierces", dit-il. Il parie que les agents IA joueront le même rôle de catalyseur pour le prochain cycle de renouvellement des téléphones, dans un contexte où les prix des mémoires élevés ont poussé les acheteurs à différer leurs achats ces deux dernières années. Un supercycle de renouvellement induit par l'IA, dont Qualcomm voudrait être le fournisseur de silicium de référence.

Lunettes, 6G et le dossier Nvidia

Au-delà du téléphone, Amon s'est montré particulièrement optimiste sur les lunettes connectées, qu'il décrit comme la catégorie d'appareils IA portable la plus prometteuse : proches des yeux, des oreilles et de la bouche, elles captent un contexte que le téléphone ne peut pas saisir de façon passive. Il observe un "moment iPod" : des dizaines d'entreprises expérimentent avec des écouteurs à caméra, des bijoux connectés, des badges, des pendentifs. La forme définitive n'est pas encore trouvée, mais les conditions d'un succès de masse commencent à être réunies, confiance, utilité, absence de friction.

L'autre front ouvert par Qualcomm est logiciel. L'acquisition de Modular, la société fondée par Chris Lattner, vise à construire une plateforme de développement ouverte compatible avec différentes puces. L'objectif affiché par Amon est de desserrer l'emprise de l'écosystème Nvidia sur les développeurs d'IA. "Nous célébrerons chaque déploiement Modular sur du matériel Nvidia", a-t-il dit, en substance : toute migration vers un logiciel indépendant du matériel est une victoire pour Qualcomm, qui peut alors concourir sur ses propres mérites techniques en matière d'efficacité énergétique. Un argument que la contrainte énergétique croissante des data centers rend de plus en plus recevable.

À plus long terme, Amon place ses espoirs dans la 6G pour changer les paramètres du problème. Des lunettes capables de streamer en permanence de la vidéo haute définition vers le cloud pour alimenter des agents IA avec un contexte visuel en temps réel supposent un réseau d'une capacité que la 5G ne fournit pas de façon homogène. La 6G, telle qu'il la décrit, transformerait chaque utilisateur en "caméra mobile sur le monde", fournissant aux agents IA de nouvelle génération un flux contextuel continu.

Ce qu'il faut retenir

Ce que dit Amon au Snapdragon Summit n'est pas une prédiction de marché : c'est le compte rendu de demandes réelles de clients qui savent ce dont ils ont besoin et cherchent le fournisseur capable de le livrer. Le fait que ces demandes impliquent un triplement de la capacité actuelle des puces mobiles en moins de deux ans dit quelque chose sur l'état de la course aux agents IA : les ambitions du secteur ont largement dépassé l'état du hardware disponible. Qualcomm se positionne pour combler cet écart. D'autres acteurs, s'ils jugent le calendrier trop lent, construiront peut-être leur propre route.

Questions fréquentes

Pourquoi les labos d'IA veulent-ils leurs propres smartphones ?

Ils ont besoin d'appareils capables de faire tourner en local, en continu, des modèles très volumineux pour alimenter des agents IA autonomes. Les téléphones actuels, limités à 30 milliards de paramètres, ne suffisent pas pour les cas d'usage qu'ils ciblent d'ici 2028.

Quelle est la puce Qualcomm la plus puissante disponible aujourd'hui ?

Le Snapdragon 8 Elite Gen 6, annoncé au Snapdragon Summit de septembre 2026 et présent dans le Samsung Galaxy S27 et le OnePlus 16, peut exécuter des modèles jusqu'à 30 milliards de paramètres.

Qu'est-ce que Qualcomm a fait en rachetant Modular ?

Modular, fondée par Chris Lattner, développe une plateforme logicielle ouverte pour les développeurs IA. Qualcomm veut s'en servir pour réduire la dépendance à l'écosystème logiciel de Nvidia et permettre à ses puces de concourir sur des critères d'efficacité énergétique.

Marc Oliveau

Rédacteur en chef, tech et IA

Marc Oliveau suit l'écosystème startup et l'intelligence artificielle pour Hashtech. Il signe des analyses attentives aux modèles économiques et aux usages réels, loin des effets d'annonce et des chiffres gonflés.

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