Nvidia a vendu des puces H200 à une société chinoise dont l'adresse n'existe pas
Le New York Times a envoyé des reporters sur place. L'adresse officielle de New Matrix, l'une des entreprises autorisées par Washington à assembler des serveurs H200, donne sur un bâtiment vide. Et l'histoire ne s'arrête pas là.

Lorsque les reporters du New York Times se sont rendus à l'adresse enregistrée de New Matrix, dans un parc industriel de Pékin, ils ont trouvé une coquille grise et vide. Des fils électriques pendaient au plafond. L'annuaire de l'immeuble ne mentionnait pas la société. La réceptionniste et le directeur de la gestion immobilière du parc ont tous deux déclaré n'avoir aucune trace de ce locataire. New Matrix avait pourtant été approuvée par le département du Commerce des États-Unis pour assembler les puces Nvidia H200 en serveurs d'IA.
Un fantôme au bout de la chaîne d'approvisionnement
New Matrix a été créée il y a dix-sept mois. Peu d'informations circulent sur elle en ligne. Ce que le NYT a pu établir, c'est que ses propriétaires entretiennent des liens avec un fonds de capital-investissement chinois que Washington a placé sur sa liste noire pour des raisons de sécurité nationale en 2024. Une deuxième société autorisée dans le même lot, Maginfra, a elle aussi surpris les journalistes : une pièce fermée à clé, des bureaux vides, aucune activité visible.
Le cas de New Matrix n'est pas présenté par le NYT comme un accident isolé, mais comme l'illustration d'un problème systémique : parmi les dizaines d'entreprises chinoises autorisées à manipuler des H200, plusieurs auraient des connexions avec des entités sous sanctions. Ni le département du Commerce ni Nvidia ne répondraient, selon le journal, avec une rigueur suffisante lors des procédures de vérification.
Comment Washington a rouvert la porte
L'administration Biden avait interdit les ventes de puces Nvidia à la Chine pour limiter le développement de l'IA militaire. L'administration Trump a levé cette restriction après qu'Nvidia a accepté de reverser au gouvernement américain 15 % du chiffre d'affaires généré par chaque H200 vendu en Chine. Jensen Huang avait conduit une campagne de lobbying active auprès de la Maison Blanche, dans un contexte où Nvidia était par ailleurs la cible d'une tentative d'espionnage attribuée au ministère chinois de la Sécurité d'État.
L'accord semblait, sur le papier, concilier intérêts commerciaux et préoccupations géopolitiques. L'enquête du NYT soulève une question plus pratique : si les entreprises autorisées n'existent pas vraiment, à qui les puces parviennent-elles finalement ? Cette question dépasse le cas Nvidia. Elle touche à la solidité réelle des contrôles à l'exportation dans un secteur où les enjeux stratégiques sont, comme l'illustre notre analyse sur les puces Nvidia et la guerre des semi-conducteurs, directement liés à la course mondiale à l'IA.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la puce Nvidia H200 ?
Le H200 est l'accélérateur de calcul de Nvidia conçu pour entraîner et faire tourner des modèles d'IA de grande taille. Sa puissance en fait un actif stratégique au coeur des restrictions commerciales américaines vis-à-vis de la Chine.
Nvidia a-t-il réagi à ces révélations ?
Au moment de la publication du NYT et de The Verge, ni le département du Commerce ni Nvidia n'avaient fourni de commentaire substantiel sur les procédures de vérification des entreprises approuvées.



