Les fondateurs

Tariq Krim

Tariq Krim a inventé le tableau de bord web personnalisé avant que ce terme n'existe, puis s'est réinventé en entrepreneur du cloud pour devenir l'une des voix les plus incisives de la souveraineté numérique française.

Portrait de Tariq Krim, fondateur de Netvibes, en 2008

Photo : Joi Ito, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

En septembre 2005, Tariq Krim et son associé Florent Frémont lancent Netvibes depuis Paris. L'idée est d'une simplicité désarmante : permettre à chaque internaute de construire sa propre page d'accueil, en agrégeant flux RSS, widgets et services web selon ses préférences. En quelques mois, la plateforme réunit plusieurs millions d'utilisateurs dans le monde, dont la moitié aux États-Unis. Pour un fondateur parisien lancé sans levée de fonds initiale, c'est une percée inhabituelle.

De Minitel à Silicon Valley : une trajectoire d'ingénieur curieux

Né le 25 octobre 1972 dans le quartier du Marais à Paris, Tariq Krim grandit dans un environnement intellectuel : père économiste, mère enseignante. Il reçoit son premier ordinateur à 10 ans et crée son premier serveur Minitel à 12. Cette précocité le conduit à des études de physique à l'université Paris VII, puis à un diplôme de l'École nationale supérieure des télécommunications (ENST). En 1994, il entre dans le journalisme par la porte de la cyberculture, en rédigeant pour Novamag. Il rejoint ensuite le quotidien économique La Tribune, dont il ouvre le bureau de San Francisco, couvrant depuis la Californie les prémices de l'industrie internet. Lorsqu'en 1999 il décide d'entreprendre, il a déjà côtoyé les deux écosystèmes, le parisien et le californien, et mesuré l'écart de vitesse qui les sépare.

Netvibes : inventer le dashboard avant tout le monde

Sa première aventure entrepreneuriale, L8Rmedia, produit un site musical, GenerationMP3, qui attire 1,5 million de lecteurs mensuels et expérimente le journalisme participatif à la française. Mais c'est Netvibes qui le propulse dans la cour des grands. En 2006, la société lève 16 millions de dollars auprès d'Accel Partners et Index Ventures. À l'époque, Google vient de lancer sa propre page personnalisable, iGoogle. Netvibes résiste, innove et s'impose comme la référence internationale du genre. Krim quitte la direction en 2008, après des désaccords internes, laissant derrière lui une société bien installée. En 2012, Dassault Systèmes acquiert Netvibes pour en faire un outil de veille et d'intelligence d'affaires. Pour situer cette époque dans l'histoire plus large de l'entrepreneuriat tech français, voir notre dossier French Tech : baromètre 2026, le rebond de l'écosystème.

Jolicloud et la vision du cloud populaire

Dès 2009, Krim cofonde Jolicloud avec Romain Huet, alors CTO. L'ambition est différente : créer un système d'exploitation léger, basé sur Linux et orienté cloud, pensé pour les netbooks et les machines d'entrée de gamme. Joli OS, sa composante logicielle open source, permet de recycler du matériel ancien en le connectant à des applications web. L'idée préfigure ce que ChromeOS développera à plus grande échelle. Jolicloud sera finalement recentrée en outil de gestion de contenus personnels dans le cloud, avant de mettre fin à ses activités en 2014. Ces deux projets, Netvibes et Jolicloud, dessinent un entrepreneur obsédé par la même question : comment rendre le web plus utile, plus personnel et moins dépendant d'architectures centralisées, une préoccupation directement liée aux enjeux de souveraineté numérique en Europe qui structurent le débat tech depuis lors.

Voix de la souveraineté numérique

Après ses années d'entrepreneur, Tariq Krim s'est repositionné comme penseur et lanceur d'alerte sur la dépendance numérique de la France et de l'Europe. Il a remis un rapport au gouvernement français sur le numérique, plaidant pour une industrie locale capable de résister à la domination des plateformes américaines et chinoises. En novembre 2025, il intervient au Web Summit sur la géopolitique des machines intelligentes, alertant sur les risques d'une coupure généralisée des services numériques en cas de crise géopolitique. Depuis sa société Cybernetica, il continue d'explorer les intersections entre technologie, politique et résilience des infrastructures. Nommé Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres en 2011, il reste l'une des personnalités les plus cohérentes de l'écosystème tech français : entrepreneur d'abord, essayiste ensuite, toujours en avance d'un cycle.

Questions fréquentes

Qui est Tariq Krim ?

Tariq Krim est un entrepreneur français né en 1972 à Paris. Il est le cofondateur de Netvibes (2005), première plateforme de tableau de bord web personnalisé, et de Jolicloud (2009), un système d'exploitation cloud open source. En 2008, il a été le premier Français distingué par le MIT Technology Review dans son classement TR35 des 35 innovateurs mondiaux de moins de 35 ans.

Qu'est-il arrivé à Netvibes ?

Netvibes a été racheté en 2012 par le géant industriel français Dassault Systèmes, pour un montant non divulgué. La société a été recentrée sur des outils de veille et d'intelligence d'affaires à destination des entreprises.

Pourquoi Tariq Krim est-il connu pour la souveraineté numérique ?

Après ses activités entrepreneuriales, Tariq Krim est devenu l'une des voix les plus actives sur la dépendance numérique de la France vis-à-vis des grands acteurs américains et chinois. Il a remis un rapport au gouvernement français sur le sujet et intervient régulièrement dans des conférences internationales sur la géopolitique des technologies.

Qu'est-ce que Jolicloud ?

Jolicloud était une plateforme lancée en 2009 par Tariq Krim et Romain Huet, composée d'un système d'exploitation open source (Joli OS, basé sur Linux) et d'une interface cloud pour gérer applications et contenus personnels. Pensée pour les netbooks et machines d'entrée de gamme, elle préfigurait des usages popularisés plus tard par ChromeOS.

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