Les fondateurs

Rafi Haladjian

Né à Beyrouth en 1961, cet entrepreneur franco-arménien a ouvert le premier accès commercial à Internet en France en 1994, puis inventé le Nabaztag en 2005, dix ans avant qu'Amazon ne lance l'Echo.

Portrait de Rafi Haladjian tenant un lapin Nabaztag, lors d'un événement tech en 2008

Photo : Robert Scoble, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

8 juin 1994. La France téléphone encore par le réseau commuté, le Minitel tient compagnie à des millions de foyers, et Internet est une curiosité de laboratoires américains. Ce jour-là, Rafi Haladjian ouvre FranceNet : le tout premier accès commercial à Internet en France. Il a 32 ans, un parcours de linguiste reconverti en spécialiste des réseaux, et une conviction qui ne le quittera plus : les technologies de connexion transforment les usages avant que les marchés ne le voient venir.

De la télématique aux premières adresses IP françaises

Né à Beyrouth dans une famille arméno-libanaise, Haladjian arrive en France dans les années 1970 et étudie la linguistique et la sémiotique. Il entre dans le monde des réseaux par la petite porte du Minitel dès 1983, à l'époque où France Télécom impose ce terminal dans les foyers. Cette immersion dans les protocoles et les interfaces préfigure une carrière construite sur une intuition simple : la valeur n'est pas dans le tuyau, mais dans l'usage qu'on en fait. En 1994, avec quelques associés, il crée FranceNet, qui propose les premiers accès Internet grand public en France par réseau téléphonique commuté. L'entreprise grossit, se rebaptise Fluxus, et finit par être rachetée en 2001 par British Telecom pour intégrer ses opérations françaises. Exit classique d'un fournisseur d'accès de première génération, conclu quelques mois avant l'éclatement de la bulle internet.

Nabaztag : l'IoT avant que le mot existe

En 2003, Haladjian cofonde Violet avec Olivier Mével. L'entreprise ne vend pas d'accès : elle construit des "objets intelligents". En 2005, le Nabaztag entre sur le marché. C'est un lapin en plastique blanc de 23 cm, doté d'un récepteur Wi-Fi, d'une enceinte et d'oreilles mobiles motorisées. Il lit les e-mails à voix haute, annonce la météo, indique les cours de la Bourse et peut communiquer avec d'autres Nabaztag dans le monde entier. Le Victoria and Albert Museum de Londres en acquiert un pour sa collection permanente dès 2005, signal que le projet relève autant du design que de la technologie. Le terme "Internet of Things" est inventé par Kevin Ashton en 1999, mais il reste alors strictement dans le vocabulaire des ingénieurs RFID industriels. Haladjian, lui, fabrique et vend à des particuliers un objet connecté dès 2005 : trois ans avant la première boutique App Store, sept ans avant l'Echo d'Amazon, dix ans avant que le mot "smart home" ne s'installe dans les brochures des opérateurs. Violet vend autour de 150 000 unités du Nabaztag entre 2005 et 2009, sans jamais atteindre la masse critique pour rentabiliser la plateforme de services. En 2009, la société est placée en redressement judiciaire.

Sen.se et Mother : recommencer avec les mêmes convictions

Haladjian ne change pas de trajectoire. En 2009, il fonde Sen.se, une plateforme de données pour objets connectés. En 2014, il présente Mother : une sculpture en plastique en forme de poupée, à laquelle se connectent de petits capteurs appelés "cookies". Chaque capteur mesure une activité domestique, de la fréquence de prise de médicaments à la durée du sommeil en passant par la consommation de café. Amazon lance Echo la même année. Là encore, le marché était là, mais pas au bon moment pour Violet. La comparaison avec d'autres entrepreneurs français qui ont construit leur réussite sur la French Tech de 2026 est saisissante : Haladjian cherchait à mettre Internet dans les murs et dans les objets du quotidien bien avant que les acteurs américains n'industrialisent la catégorie.

L'héritage d'un inventeur chroniquement en avance

Sa trajectoire est cohérente : à chaque rupture technologique, il était là trop tôt. Cette avance systématique est à la fois sa force et son frein commercial. La notion d'objet "ambient" qu'il défendait dès 2005 est aujourd'hui le fonds commun de toute l'industrie de la maison connectée, des standards Matter aux agents IA embarqués dans les appareils. En 2019, il lance MoralScore, un comparateur éthique de marques fondé sur leurs pratiques sociales et environnementales. Même logique : pointer vers quelque chose que le grand public n'est pas encore prêt à consommer massivement. L'histoire de Rafi Haladjian est peut-être moins celle d'un entrepreneur raté que celle d'un marché qui n'a jamais su courir aussi vite que lui.

Questions fréquentes

Qui a inventé le Nabaztag ?

Le Nabaztag est co-inventé par Rafi Haladjian et Olivier Mével au sein de la société Violet, fondée à Paris en 2003. Lancé en 2005, le Nabaztag est considéré comme l'un des premiers objets connectés grand public de l'histoire.

Qu'est-ce que FranceNet ?

FranceNet est le tout premier opérateur commercial d'accès à Internet en France, fondé par Rafi Haladjian le 8 juin 1994. La société a été renommée Fluxus en 2000, puis rachetée par British Telecom en 2001.

Qu'est devenu Rafi Haladjian après Violet ?

Après le redressement judiciaire de Violet en 2009, Haladjian a fondé Sen.se (plateforme IoT) et lancé Mother en 2014 (hub domotique modulaire). En 2019, il a créé MoralScore, un comparateur éthique de marques fondé sur leurs pratiques sociales et environnementales.

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