Paul Lê
Fils de réfugiés vietnamiens élevé dans les cités d'Évry, il a bâti La Belle Vie, l'épicerie en ligne qui a survécu au naufrage du quick-commerce et racheté Frichti quand tous ses rivaux coulaient.

Photo : D.R.
Paul Lê n'a pas le profil habituel du patron de la tech française. Fils de réfugiés vietnamiens, élevé dans les cités d'Évry, il a bâti La Belle Vie à la force du poignet, loin des grandes écoles et des réseaux parisiens. Son fait d'armes : avoir tenu, puis gagné, dans le secteur le plus dévastateur de la dernière décennie, celui de l'épicerie en ligne, là où des concurrents financés à coups de centaines de millions ont disparu les uns après les autres.
Évry, le restaurant familial et les livres de la bibliothèque
Ses parents fuient la guerre du Vietnam et s'installent à Évry, en banlieue parisienne, où ils ouvrent un restaurant, aujourd'hui le plus ancien de la ville. Paul Lê grandit dans les quartiers populaires, entre le service en salle et une curiosité dévorante pour l'informatique. Faute de moyens pour une formation coûteuse, il apprend à coder la nuit, avec les livres empruntés à la bibliothèque. Cette trajectoire d'autodidacte, il la revendique comme le socle de sa méthode : la débrouille, le travail et l'obsession de ne rien devoir à personne.
D'UCLA à la mairie d'Évry
Son parcours le mène jusqu'aux États-Unis, où il décroche un master à l'université UCLA, à Los Angeles. C'est là qu'il prend conscience de l'ampleur de ce qu'il est possible d'entreprendre dans la tech. De retour en France, il passe par la mairie d'Évry du temps de Manuel Valls, une expérience du terrain local et de la décision publique. Il fait ensuite ses premières armes entrepreneuriales dans les applications mobiles, avec une société consacrée à la géolocalisation de services du quotidien, avant de viser plus grand.
La Belle Vie, l'épicerie en ligne qui a tenu
En 2015, il cofonde La Belle Vie avec Alban Wienkoop. Le positionnement est clair : une épicerie en ligne premium, livrée en moins de trois heures en Île-de-France et le lendemain sur le reste du territoire, depuis un grand entrepôt parisien. Là où le quick-commerce brûlait du cash pour promettre des livraisons en dix minutes, Paul Lê a défendu un modèle plus sobre, centré sur la qualité des produits et la maîtrise des coûts. L'entreprise lève une quarantaine de millions d'euros et emploie plusieurs centaines de personnes. Ce pragmatisme financier rejoint les arbitrages décrits dans notre analyse sur le marché sélectif des levées de fonds.
Le rachat de Frichti, survivant du naufrage
Les années 2022 et 2023 sont celles de l'hécatombe. Gorillas, Getir, Flink, Cajoo : les stars du quick-commerce, portées par des levées records, s'effondrent ou se font absorber. Frichti, pionnier français de la foodtech, passé successivement sous le contrôle de Gorillas puis de Getir, est placé en redressement judiciaire au printemps 2023. En septembre, c'est l'offre de La Belle Vie, via sa maison mère Deleev, que retient le tribunal de commerce de Paris, pour 480 000 euros, dont une provision destinée aux stocks, avec l'engagement de reprendre 168 des 334 salariés. Le prédateur d'hier devient le sauveur : Paul Lê relance la marque sous le nom de Frichti Market et la réintègre dans son modèle francilien. Cette consolidation illustre le retour à la raison d'un secteur longtemps dopé au capital, dans la lignée du rebond plus large de l'écosystème French Tech.
Business angel et investisseur dans les médias
Au-delà de La Belle Vie, Paul Lê s'est mué en investisseur. Business angel dans plusieurs jeunes pousses, il a aussi pris part, en 2024, au consortium d'investisseurs qui a repris le média rap et culture urbaine Booska-P, aux côtés notamment du groupe So Press. Ce goût pour les paris culturels et entrepreneuriaux dit quelque chose de sa trajectoire : celle d'un enfant d'Évry qui revendique ses origines populaires et ses modèles. Il a d'ailleurs prénommé ses deux fils en hommage à Elon Musk et à Jack Ma, les deux entrepreneurs qui l'inspirent. À l'image d'autres bâtisseurs de la tech française comme Xavier Niel, parti lui aussi d'un terrain peu prestigieux, Paul Lê incarne une réussite sans héritage, construite sur la durée et sur un sens aigu de la rentabilité.
Entreprises et projets clés
- La Belle Vie — Cofondateur et PDG (depuis 2015)
- Frichti — Repreneur via Deleev (relancé en Frichti Market) (2023)
- Booska-P — Investisseur, membre du consortium de reprise (2024)
Questions fréquentes
Qui est Paul Lê ?
Paul Lê est un entrepreneur français, fils de réfugiés vietnamiens, qui a grandi à Évry. Il est le cofondateur et PDG de La Belle Vie, une épicerie en ligne premium, et a racheté Frichti en 2023.
Comment La Belle Vie a-t-elle racheté Frichti ?
En septembre 2023, le tribunal de commerce de Paris a retenu l'offre de La Belle Vie, via sa maison mère Deleev, pour reprendre Frichti placé en redressement judiciaire. L'opération, d'un montant de 480 000 euros incluant une provision pour les stocks, prévoyait la reprise de 168 des 334 salariés.
Pourquoi La Belle Vie a-t-elle survécu au quick-commerce ?
Contrairement aux acteurs du quick-commerce qui brûlaient du capital pour livrer en dix minutes, La Belle Vie a misé sur un modèle premium plus sobre, centré sur la qualité des produits, une livraison en moins de trois heures et la maîtrise des coûts, ce qui lui a permis de résister là où Gorillas, Getir et Cajoo ont échoué.
