Les fondateurs

Éric Carreel

En 2018, il a racheté à Nokia l'entreprise qu'il lui avait vendue deux ans plus tôt pour 170 millions d'euros, persuadé que la santé préventive connectée était une affaire de décennies, pas de trimestres.

Portrait d'Éric Carreel, cofondateur de Withings, Sculpteo et Invoxia

Photo : Victor Habourdin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Mai 2018. Nokia publie un communiqué discret : la division Nokia Digital Health est cédée à un consortium emmené par Éric Carreel. La somme n'est pas divulguée, mais les journalistes économiques l'estiment à moins de 30 millions d'euros, soit une fraction des 170 millions payés deux ans plus tôt par le groupe finlandais pour acquérir Withings. En termes comptables, Nokia perd de l'argent. En termes stratégiques, Carreel reprend exactement là où il s'était arrêté.

De la Livebox aux objets connectés

Le parcours de Carreel commence dans la recherche institutionnelle, en radioscience. En 1990, il cofonde Inventel avec le professeur Jacques Lewiner, chercheur de l'École de physique et chimie de Paris (ESPCI). La société passe de la recherche à l'industriel : elle conçoit la Livebox, la box haut débit de France Télécom, devenue l'une des premières boîtes à plusieurs millions d'abonnés en France. En 2005, Thomson SA rachète Inventel, et Carreel devient directeur technique de la division produits grand public. Il passe deux ans à piloter un groupe Advanced Product Development, à explorer ce que pourrait être l'objet connecté de la décennie suivante. Ce travail nourrit directement ce qui vient ensuite.

Une balance Wi-Fi, un pari sur la santé préventive

En juin 2008, avec Frédéric Potter et Cédric Hutchings, il crée Withings. L'idée centrale est simple à énoncer, difficile à vendre : des objets du quotidien, intégrés à un suivi médical long terme, accessibles sans prescription. La première balance Wi-Fi est lancée en 2009, un an avant l'iPhone 4. Elle mesure le poids, calcule la masse graisseuse, synchronise automatiquement les données dans une application. Ce n'est pas un gadget de salle de sport, c'est une promesse médicale. Withings s'étend progressivement aux montres connectées, aux tensiomètres, aux thermomètres, aux capteurs de sommeil, tous orientés vers la même conviction : la donnée de santé collectée chez soi, sur la durée, vaut autant qu'un bilan annuel chez un médecin. En parallèle, Carreel cofonde Sculpteo (impression 3D en ligne, 2009) et Invoxia (téléphonie IP et traqueurs GPS, 2012), sans jamais lâcher la direction de Withings. En 2015, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur.

Nokia, l'intermède et le rachat

En avril 2016, Nokia annonce le rachat de Withings pour 170 millions d'euros. Le groupe finlandais, en pleine reconversion après la cession de son activité téléphonie à Microsoft, cherche à construire un pôle santé numérique. Withings est rebaptisée Nokia Digital Health. Deux ans plus tard, l'expérience s'avère décevante pour Nokia : les synergies industrielles sont absentes, la culture produit ne colle pas, et la marque Nokia n'apporte aucun avantage dans le secteur médical. En mai 2018, Nokia annonce la fermeture ou la cession de l'activité. Carreel rachète, reconstitue l'équipe, relance les produits sous la marque Withings dès la fin de l'année 2018. Ce retournement, rare dans l'histoire des startups françaises, est souvent comparé au rachat d'Apple par Steve Jobs en 1997, à la différence que Carreel ne négocie pas avec un conseil d'administration mais avec un actionnaire industriel qui reconnaît son erreur. Les implications de ce pari sur la trajectoire de l'entrepreneuriat tech français sont analysées régulièrement par France Digitale, dont Carreel a été vice-président à partir de 2012.

Le pari tenu

En juin 2026, Withings publie ses résultats pour l'exercice 2025 : première rentabilité annuelle complète de son histoire, 18 ans après la fondation. La société revendique 15 millions d'utilisateurs actifs, un milliard de mesures de santé collectées dans l'année, dont 36 % classées comme cliniques ou médicales. Plus de 3,6 millions d'utilisateurs sont désormais considérés comme des utilisateurs médicaux. C'est exactement la vision que Carreel défendait en 2008, quand la notion de "santé préventive connectée" n'existait pas encore dans le vocabulaire des investisseurs. L'évolution de ce secteur vers la médecine assistée par agents IA représente désormais le prochain chapitre de son agenda. Chez un ingénieur qui a mis dix-huit ans à atteindre l'équilibre, cette patience n'est pas une contrainte : c'est une méthode.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que Withings ?

Withings est une entreprise française fondée en 2008 par Éric Carreel, Frédéric Potter et Cédric Hutchings. Elle fabrique des objets connectés pour le suivi de la santé : balances, montres, tensiomètres, thermomètres et capteurs de sommeil. En 2016, Nokia l'a rachetée pour 170 millions d'euros avant que Carreel ne la reprenne en 2018. En 2025, Withings a atteint sa première rentabilité annuelle, avec 15 millions d'utilisateurs actifs dans le monde.

Pourquoi Éric Carreel a-t-il racheté Withings à Nokia ?

Nokia avait acquis Withings en 2016 pour construire un pôle santé numérique, mais l'intégration s'est avérée difficile : les synergies industrielles étaient absentes et la culture produit ne correspondait pas à l'ADN médical de la marque. En mai 2018, Nokia a décidé de céder la division. Carreel a saisi l'occasion de reprendre le contrôle pour poursuivre la vision originale de la santé préventive connectée.

Quelles autres entreprises Éric Carreel a-t-il fondées ?

Outre Withings, Éric Carreel a cofondé Inventel en 1990 (créatrice de la Livebox de France Télécom, rachetée par Thomson en 2005), Sculpteo en 2009 (plateforme d'impression 3D en ligne), Invoxia en 2012 (téléphonie IP et traqueurs GPS) et Zoov en 2017 (service de vélos électriques en libre-service).

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